Aujourd’hui, Montréal est une ville de festivals et de parcs accueillants. Mais il y a encore quelques décennies, ce n’étaient pas les improvisations de jazz qui en donnaient le rythme, mais le grondement des explosions dans les carrières. De nos jours, il n’y a plus d’exploitations à ciel ouvert sur l’île : l’urbanisation et les normes environnementales ont depuis longtemps repoussé la dynamite et la poussière aussi loin que possible des quartiers résidentiels. Cependant, le passé industriel n’a pas disparu : il a simplement changé de forme.
La plupart des anciennes carrières ont suivi un parcours assez révélateur : de gigantesques zones industrielles, puis des problèmes environnementaux, pour finalement devenir de nouveaux espaces urbains. Là où l’on extrayait autrefois de la pierre, les Montréalais se promènent aujourd’hui avec leurs enfants ou font du vélo. La ville a appris à composer avec ses propres « cicatrices » : non pas en les cachant, mais en les réinventant. L’histoire des carrières de Montréal est, en substance, l’histoire de Montréal elle-même, mais gravée non pas dans les archives, mais dans la pierre. Pour en savoir plus, rendez-vous sur montreal-name.com.
Une pierre pour la ville

La carrière Miron a vu le jour à un moment où Montréal commençait à se développer plus vite qu’elle ne pouvait s’en rendre compte. Au début du XXᵉ siècle, la ville n’avait pas besoin de grandiloquence, mais de matériaux : beaucoup de matériaux. Le calcaire situé sous l’île s’est avéré être une ressource trop pratique pour être ignorée : il était relativement facile à extraire, encore plus facile à travailler et, surtout, il n’était pas nécessaire de le transporter loin. Dans une ville en pleine expansion, cela ne signifiait qu’une chose : la rapidité.
C’est ainsi qu’apparaissent des carrières comme celle de Miron — non pas en tant que projets ambitieux ou symboliques, mais comme des solutions purement pragmatiques. Ici, on ne construisait pas « l’avenir », on l’approvisionnait en matières premières. La pierre d’ici servait à construire des routes, des fondations, des bâtiments industriels : tout ce qui figure rarement sur les cartes postales, mais qui soutient la ville. En fait, c’était le fondement invisible de Montréal : non pas l’architecture, mais ce qui lui a permis de voir le jour.
Le travail dans la carrière ne laissait aucune place au romantisme. Forage, pose d’explosifs, grondements, poussière, vibrations constantes : tel était le rythme industriel typique du milieu du XXᵉ siècle. L’air était lourd, les machines bruyantes et la sécurité relative. Ceux qui travaillaient ici étaient prêts à fournir un travail physique sans se faire d’illusions : des immigrés, des ouvriers, des gens pour qui la ville n’était pas un décor, mais un moyen de survie.
Et tandis que Montréal s’élevait vers le ciel — avec ses nouveaux quartiers, ses routes, ses bâtiments —, tout près de là, presque imperceptiblement, elle s’enfonçait tout aussi obstinément vers le bas. La carrière Miron devenait plus profonde, plus vaste et, en même temps, plus importante. Car chaque nouveau mètre de ce vide signifiait un peu plus de matériaux pour cette ville qui ne s’arrêtait jamais.
Quoi qu’il en soit, la carrière de Miron a fini par atteindre une ampleur difficile à ignorer : elle comptait parmi les plus grandes d’Amérique du Nord à l’époque. Il ne s’agissait plus d’une simple exploitation locale, mais d’une véritable machine industrielle qui alimentait la croissance de la ville.
L’ironie, c’est que la pierre extraite ici ne partait pas bien loin : elle restait littéralement dans les limites de ce même Montréal qui la consommait. Dans les années 1960, le calcaire local a été largement utilisé lors de grands chantiers : il a servi à construire les fondations des routes, des viaducs et des autoroutes qui traversaient la ville. Une partie a également été affectée aux projets d’infrastructure de l’époque, notamment la construction du métro de Montréal, qui est devenu l’un des symboles de la modernisation de la ville.
Portrait social de la carrière : travail et sécurité

La carrière Miron n’existait pas en soi : elle était entretenue par des personnes dont on ne parle généralement pas dans les récits sur la ville. C’était la main-d’œuvre typique de Montréal au milieu du XXᵉ siècle : des immigrants, des nouveaux arrivants, des travailleurs saisonniers, des gens qui n’avaient pas beaucoup de choix, mais qui faisaient preuve d’une grande endurance. Pour beaucoup d’entre eux, c’était l’une des rares possibilités de gagner leur vie dans une ville qui se développait à un rythme effréné et absorbait tout aussi rapidement la main-d’œuvre.
Le travail à la carrière était simple et physiquement épuisant. D’abord, le forage : des trous dans la roche calcaire. Puis, la mise en place des explosifs. Ensuite, il fallait se mettre à distance de sécurité et attendre l’explosion, qui fendait le bloc de pierre en morceaux. Après cela, une autre partie du travail commençait : le chargement, le concassage, le transport. C’était un cycle ininterrompu de bruit, de poussière et de mouvements de machines lourdes, qui se répétait jour après jour.
La sécurité, au sens où on l’entend aujourd’hui, n’était ici qu’une notion relative. L’équipement de protection était minimal ou rudimentaire, les contrôles limités, et les risques permanents. Les dangers les plus évidents étaient d’ordre mécanique : explosions, effondrements, blessures causées par les équipements. Mais la menace « silencieuse » — la poussière — n’en était pas moins grave. De fines particules de calcaire et d’impuretés pénétraient constamment dans les poumons, ce qui, avec le temps, devenait un problème de santé chronique. Le travail s’accumulait littéralement dans l’organisme.
Les conditions de travail étaient difficiles non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan rythmique : de longues journées, la monotonie des tâches, un bruit constant et l’absence d’espace pour se reposer. C’était la réalité industrielle de l’époque — sans fioritures ni romantisme. Et tandis que la ville, en haut, construisait les façades de l’avenir, en bas, ces façades avaient un coût très concret.
La famille Miron, composée d’hommes d’affaires pragmatiques

La carrière Miron n’était ni un projet public ni une initiative municipale : il s’agissait d’une entreprise privée de la famille Miron, qui est entrée dans l’histoire de Montréal comme l’une des dynasties industrielles qui ont façonné la ville. Comme beaucoup d’autres entrepreneurs du milieu du XXᵉ siècle, ils fonctionnaient selon une logique d’efficacité maximale : extraire plus vite, traiter plus vite, livrer plus vite.
À cette époque, la gestion de ces carrières était rarement indulgente. C’était une époque où la production reposait sur la discipline, des horaires rigides et une pression constante sur la productivité. C’est pourquoi le style de management dans ce type d’entreprises était généralement direct et exigeant : sans explications superflues, mais avec un résultat clair.
Cependant, ce travail avait aussi un autre aspect : économique. Pour de nombreux ouvriers, la carrière de Miron était non seulement un lieu de dur labeur, mais aussi une chance d’obtenir un revenu relativement stable. Les salaires y étaient meilleurs que pour de nombreux emplois non qualifiés en ville, et c’est précisément pour cette raison que les gens venaient ici « pour gagner gros » — afin de se remettre sur pied plus rapidement, d’économiser de l’argent et, idéalement, d’acheter leur propre logement à Montréal.
Un détail révélateur : l’entreprise utilisait des bétonnières rouges bien particulières. On raconte d’ailleurs que dans les années 50-60, presque tous les Montréalais savaient que lorsqu’un camion rouge Miron passait, c’est que l’avenir se construisait quelque part dans les environs.
Le déclin de la carrière, sa reconversion

La carrière de Miron a progressivement perdu sa fonction initiale lorsque la ville a cessé d’avoir un besoin aussi pressant de pierre locale. Dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, l’exploitation s’est arrêtée, et cet espace qui, pendant des décennies, avait « nourri » la ville en matériaux de construction, s’est mis en quête d’une nouvelle vocation.
Après l’arrêt effectif des travaux, le site n’est pas resté à l’abandon : il a d’abord été utilisé comme vaste aire de stockage de matériel, puis comme site de dépôt des déchets urbains. Ce qui fut autrefois une source de pierre pour le développement de Montréal s’est progressivement transformé en son « dépotoir interne », où la ville jetait tout ce dont elle n’avait plus besoin.
Au fil du temps, la carrière a connu une seconde vie. D’une friche industrielle, elle s’est transformée en un espace urbain moderne doté d’infrastructures vertes, de systèmes d’épuration et d’espaces écologiques.
Aujourd’hui, ce site est connu sous le nom de Parc Frédéric-Back : un grand parc urbain où les vestiges du paysage industriel font désormais partie intégrante du nouvel environnement. L’ancienne carrière n’exploite plus la pierre, mais continue de « fonctionner » — désormais en tant qu’espace de régénération, de mémoire et de réflexion sur la manière dont la ville traite ses cicatrices.
Sources :
- https://lexemplaire.ca/2023/12/14/lhistoire-du-parc-frederic-back/
- https://tohu.ca/fr/attraits-et-services/parc-frederick-back/historique
- https://montreal.ca/articles/le-parc-frederic-back-une-metamorphose-unique-18997
- https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1097712/carriere-miron-histoire-depotoir-cirque-soleil-tohu-parc-frederic-back
- https://estmediamontreal.com/carrieres-histoire-saint-michel/
