De nos jours, le gaz naturel est depuis longtemps devenu l’un des fondements de la vie urbaine moderne, auquel on ne prête guère attention. Il ne façonne pas le paysage urbain, comme le font par exemple les gratte-ciel, et ne rythme pas la vie des rues, comme le font les transports. Cependant, c’est précisément le gaz qui chauffe les immeubles d’habitation, les hôpitaux, les écoles, les restaurants et les locaux industriels. Cela est particulièrement vrai là où l’hiver dure au moins six mois et où le froid n’est en aucun cas une abstraction.
Pour une ville comme Montréal, la question du chauffage n’est pas une question de confort, mais une condition fondamentale de la vie. Les températures restent négatives pendant des mois et les vagues de froid ramènent régulièrement la ville à la réalité du climat nordique. Le gaz dans ce système est une ressource rapide, relativement bon marché et contrôlable, qui a été pendant des décennies un compromis entre efficacité et écologie. Pour savoir comment il se fait que la ville consomme massivement du gaz sans jamais en avoir été productrice, et quelles alternatives au gaz naturel sont utilisées ici, rendez-vous sur montreal-name.com.
Le pilier invisible de la mégapole moderne

Bien avant que le gaz naturel ne devienne une source de chaleur pour les appartements et les bureaux, il faisait déjà partie de la vie urbaine, mais sous une forme très différente. En effet, au XIXᵉ siècle, Montréal, comme la plupart des villes nord-américaines, éclairait ses rues avec des lampes à gaz. Bien sûr, il ne s’agissait pas de gaz naturel au sens moderne du terme. Il s’agissait du gaz dit « de ville », obtenu à partir du charbon.
À cette époque, l’éclairage au gaz est devenu pour la ville un symbole d’une certaine modernité. Il prolongeait la vie active des citadins après le coucher du soleil, rendait les rues plus sûres et modifiait le rythme du commerce et des loisirs. Les lampadaires le long des artères principales, des places et des zones portuaires étaient le signe visible que Montréal entrait dans l’ère industrielle.
Cependant, cette étape n’a duré que relativement peu de temps. À la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle, l’éclairage au gaz a progressivement été remplacé par l’électricité. Celle-ci était plus lumineuse, plus stable et nécessitait une infrastructure de maintenance moins complexe. Le gaz a disparu des lampadaires, mais pas de la ville.
Dans le cas de Montréal, ce remplacement n’a pas signifié la fin du gaz, mais plutôt un changement dans son rôle. Il a quitté l’espace public pour s’installer à l’intérieur des bâtiments : dans les cuisines, les chaufferies, les ateliers industriels. Le gaz a cessé d’être un symbole de lumière pour devenir un outil de chauffage, ce qui s’est avéré beaucoup plus important dans le climat canadien.
C’est pourquoi on peut parler d’une certaine dépendance de Montréal au gaz. Même si la ville ne l’exploitait pas, elle a appris à vivre avec lui à l’époque où il éclairait plutôt que de chauffer.
Les recherches qui ne sont pas devenues une industrie

Au cours du XXᵉ siècle, des études géologiques ont été menées à plusieurs reprises dans les environs de Montréal et dans le sud du Québec. Cependant, le résultat de ces recherches était toujours le même : il n’y a pas de grands gisements traditionnels de gaz naturel dans cette région. Les roches sédimentaires de la région n’ont pas créé les conditions nécessaires à la formation de grands bassins gaziers adaptés à l’exploitation industrielle.
La question semblait réglée. Mais au début des années 2000, elle a connu un rebondissement inattendu. Les géologues ont remarqué les formations schisteuses d’Utica, qui s’étendent dans la vallée du Saint-Laurent. Formellement, il y avait du gaz là-bas, mais pas sous la forme de grands « pièges » souterrains, plutôt dispersé dans des roches schisteuses denses.
En théorie, il était possible de commencer son extraction, mais des questions complexes se sont immédiatement posées. Le gaz de schiste ne peut pas être extrait par des méthodes traditionnelles. Il nécessite la fracturation hydraulique, des technologies complexes et présente des risques environnementaux importants. Dans une région densément peuplée, à proximité de fermes, d’aquifères et de villes, le soutien public à de tels projets s’est avéré minime.
En conséquence, le Québec a choisi la voie des moratoires et des réglementations. Le gaz est resté dans le sous-sol, mais l’exploitation industrielle n’a jamais commencé. Il s’agissait moins d’une décision géologique que d’une décision politique et sociale : renoncer à une ressource potentielle au profit de la stabilité environnementale.
Une autre voie : le biogaz et le « gaz vert »

Mais le rejet du gaz de schiste ne signifiait pas pour autant l’abandon de l’idée d’une production locale d’énergie. À Montréal et dans son agglomération, des projets de production de biogaz — un gaz obtenu à partir de déchets organiques, d’eaux usées et de biomasse — ont commencé à se développer activement.
Cette orientation s’inscrit parfaitement dans la politique environnementale de la ville. Elle réduit les émissions, donne une seconde vie aux déchets et permet de remplacer en partie les combustibles fossiles. Cependant, son échelle de production reste limitée. Le biogaz ne peut couvrir qu’une petite partie des besoins de la métropole et ne remplacera jamais complètement le gaz naturel traditionnel.
Ainsi, le « gaz vert » à Montréal est un complément important, mais pas le fondement du système énergétique.
Cependant, au Québec, y compris dans l’agglomération de Montréal, plusieurs projets sont en cours pour transformer les déchets organiques et le gaz provenant des décharges en « gaz vert », un gaz naturel renouvelable qui peut être injecté dans le réseau et utilisé de la même manière que le gaz naturel classique. Il est intéressant de noter que ces initiatives ne sont pas apparues comme une alternative au gaz importé, mais plutôt dans le cadre des efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à gérer les déchets.
L’une des technologies de pointe est le système WAGABOX®, qui permet de purifier le biogaz produit lors de la décomposition des matières organiques dans les décharges et de le transformer en gaz de haute qualité pour le réseau. La première installation de ce type a été mise en place dans la décharge de Saint-Étienne-des-Grès. Elle peut produire environ 130 GWh d’énergie par an. Cela correspond à peu près à la quantité de gaz nécessaire pour chauffer près de 8 000 foyers. Le gaz produit est immédiatement injecté dans le réseau de distribution d’Énergir.
Ce projet et plusieurs autres similaires sont mis en œuvre dans le but d’intégrer jusqu’à 10 % de gaz renouvelable dans le réseau gazier global d’ici 2030.
En outre, les initiatives en matière de biogaz constituent un élément important du système de gestion des déchets : elles permettent non seulement de réduire la quantité de déchets mis en décharge, mais aussi de réduire considérablement les émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre qui est naturellement libéré lors de la décomposition des matières organiques.
Dans certains cas, les établissements (par exemple, au Dépôt Rive-Nord) disposent d’un vaste réseau de collecte de gaz — des centaines de puits et des kilomètres de tuyaux souterrains — afin de collecter le biogaz provenant des volumes importants de déchets générés par les centaines de milliers d’habitants de la région.
La rentabilité de ces projets réside dans le fait que, s’ils sont correctement organisés, ils peuvent devenir une source de revenus stables à long terme grâce à la vente de gaz et à la réduction des coûts de gestion des déchets.
D’où vient le gaz à Montréal ?

Actuellement, la métropole reçoit du gaz naturel via un réseau de pipelines ramifié provenant d’autres régions du Canada et des États-Unis. La ville est un consommateur important du système nord-américain. Le gaz est fourni de manière stable, sans dépendre des gisements locaux, ce qui garantit la sécurité énergétique de la région.
Malgré l’électrification active et le passage à l’énergie hydraulique, le gaz reste à Montréal un outil de flexibilité qui permet au réseau de fonctionner pendant les pics de consommation et les périodes de froid extrême.
Montréal est une ville qui vit grâce au gaz, mais sans disposer de ses propres ressources. Son modèle énergétique ne repose pas sur la richesse de son sous-sol, mais sur une combinaison de facteurs tels que le climat, les importations, les technologies et des choix politiques délibérés. Ici, on a décidé de ne pas transformer le sol sous la ville en site industriel, même s’il recèle des ressources. Et c’est précisément l’une des principales caractéristiques de Montréal.
Sources :
- https://www.worldbiogasassociation.org/suez-to-build-two-biogas-plants-in-montreal/
- https://cis.bullfrogpower.com/green-energy/projects-and-sources/depot-rive-nord-green-natural-gas-facility/
- https://natural-resources.canada.ca/energy-sources/fossil-fuels/quebes-shale-tight-resources
- https://www.ogj.com/exploration-development/article/17269653/quebec-utica-shale-gas-development-eyed
- https://www.mcgill.ca/oss/article/technology-general-science/electricity-streets-were-filled-gas-lights
