Quels développements agricoles permettent à Montréal d’être la capitale mondiale de l’agriculture urbaine?

Montréal est la capitale mondiale de l’agriculture urbaine, devançant New York, Paris et Bruxelles. C’est ce qui ressort d’une étude financée par l’Office montréalais de la gastronomie, une initiative de Tourisme Montréal. Pour en savoir plus sur les avancées des Montréalais dans le domaine de l’agriculture urbaine, rendez-vous sur montreal-name.com.

Des fermes urbaines sur les toits

Les fermes urbaines sur les toits sont une excellente manière de cultiver et de distribuer des fruits et légumes frais et locaux. Pour faire de l’agriculture à haut rendement un système durable et viable à longueur d’année, Montréal a construit en 2011 la première serre commerciale au monde sur le toit d’un bâtiment industriel dans le quartier d’Ahuntsic. Depuis, de nouvelles serres, plus grandes et plus performantes, ont été construites pour continuer à améliorer le système alimentaire.

L’équipe d’Éric Duchemin, du Laboratoire sur l’agriculture urbaine, a comparé la métropole à dix autres villes du monde, telles que Chicago, New York, Londres et Paris, en se basant sur des critères comme le nombre d’entreprises agricoles en zone urbaine, la superficie des cultures, les potagers ou encore le nombre de jardins pédagogiques. En cumulant tous ces facteurs, la métropole québécoise se classe au premier rang.

« L’idée de cette étude n’est pas de se vanter, de dire que nous sommes les meilleurs et qu’il n’y a plus rien à faire. C’est plutôt de reconnaître que nous sommes performants et que nous servons d’exemple. Mais si nous en sommes là, c’est parce qu’il y a eu du soutien », explique-t-on.

Le responsable de l’étude ajoute que cette comparaison permet d’identifier les domaines où Montréal pourrait s’améliorer. Par exemple, si la ville excelle en matière de jardins communautaires, elle a une marge de progression pour les jardins pédagogiques, comparée à une ville comme New York où 75 % des écoles proposent une initiative de production alimentaire.

Montréal en tête

Montréal dépasse de loin les autres villes par le nombre d’entreprises actives en agriculture urbaine, qui s’élève à 57. À titre de comparaison, Chicago en compte 33, Paris 30 et Bruxelles 36. Sur l’île de Montréal, on produit de tout : des champignons au miel, en passant par les micropousses et le poisson. S’il y a bien une entreprise que le public associe à l’agriculture urbaine, ce sont les Fermes Lufa. C’est d’ailleurs dans leur première serre, installée sur le toit d’un bâtiment du quartier d’Ahuntsic, que de nombreuses variétés de plantes sont cultivées.

L’entreprise a connu une croissance spectaculaire durant la pandémie, passant de 15 000 à 30 000 commandes hebdomadaires. Les gens ont pris conscience de l’importance de s’approvisionner localement. Aujourd’hui, le principal défi de l’agriculture urbaine reste le même qu’aux débuts des Fermes Lufa : la rentabilité.

C’est justement l’exemple de Montréal qui a démontré que l’agriculture urbaine peut être rentable. Sur le toit du Marché Central se trouve la cinquième serre des Fermes Lufa, d’une superficie de 130 000 pieds carrés (environ 12 000 mètres carrés). Les passionnés et les entrepreneurs croient que, d’ici quelques générations, les serres sur les toits seront aussi communes que les panneaux solaires. Tout le monde voudra en avoir, et les promoteurs comme les constructeurs suivront la tendance.

Quant à l’étude, elle a été financée par l’Office montréalais de la gastronomie, une initiative de Tourisme Montréal. Ce nouveau titre de capitale mondiale de l’agriculture urbaine vient renforcer son autre statut, celui de destination gastronomique de premier plan. Chez les Fermes Lufa, on perçoit cette étude comme une belle tape dans le dos, mais on s’intéresse surtout aux points qui restent à améliorer.

Il n’en demeure pas moins que l’agriculture urbaine, malgré son dynamisme actuel, n’est encadrée par aucune stratégie du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Cela se traduit par un faible financement et une vision à long terme limitée.

Dans ce contexte, les militants placent leurs espoirs dans les acteurs responsables du développement. Ils restent présents et offrent un soutien qui pousse à la réflexion stratégique. Car pendant longtemps, l’agriculture urbaine s’est développée de manière un peu désordonnée, au gré des demandes, sans véritable vision ni stratégie de développement.

La plus grande serre sur un toit au monde

Zoom sur la plus grande serre sur toit. Il s’agit de la quatrième installation de l’entreprise, et c’est actuellement la plus vaste au monde. Elle a été spécialement conçue pour récupérer l’eau de pluie et de fonte, qui alimente ensuite un système d’irrigation en circuit fermé. En plus de deux jeux de toiles thermiques, cette structure est dotée d’une double paroi en verre pour optimiser l’isolation, ce qui en fait la serre la plus écoénergétique à ce jour.

Le Libanais d’origine Mohamed Hage et sa femme Lauren Rathmell, une Américaine du Vermont voisin, ont fondé les Fermes Lufa en 2009 avec l’objectif de révolutionner le système alimentaire. Chez Lufa, on cultive toute l’année une centaine de légumes en hydroponie, dans des bacs de substrat de fibre de coco irrigués par une solution nutritive : laitues, concombres, courgettes, choux chinois, jeunes pousses, et bien d’autres petits légumes.

Dans toute la serre, des bourdons pollinisent les plantes, tandis que des guêpes parasitoïdes ou des coccinelles – des insectes bénéfiques – s’attaquent aux pucerons, ce qui évite l’usage de pesticides. La récolte permet de remplir 20 000 paniers familiaux par semaine, tous personnalisables et vendus en ligne à un prix de base de 30 dollars (19 euros).

Ce « marché en ligne » propose également des produits de quelque 200 fermes partenaires, que Lufa ne cultive pas, comme du pain, des pâtes, du riz, etc. Le rez-de-chaussée de la nouvelle serre abrite un immense centre de distribution qui rassemble près de 2 000 produits offerts aux clients « Lufavores », parmi lesquels des restaurateurs.

Toutefois, il faut admettre que l’offre pour certains légumes reste insuffisante, ce qui montre qu’il y a encore du travail à faire. Actuellement, la serre, grâce à ses fermes partenaires, nourrit près de 2 % de la population de Montréal. L’avantage d’être sur un toit est de pouvoir récupérer une grande partie de l’énergie du bâtiment en dessous, ce qui permet des économies de chauffage considérables.

Cultiver la nourriture là où les gens vivent

La serre, entièrement automatisée, dispose également d’un « système d’eau en circuit fermé », permettant d’économiser jusqu’à 90 % d’eau par rapport à une ferme traditionnelle, d’autant plus que l’eau de pluie est également récupérée. L’entreprise a plus que doublé ses ventes pendant la pandémie de coronavirus, un bond qui s’explique par la livraison sans contact proposée sur son site en ligne.

D’une superficie équivalente à trois terrains de football, elle s’étend sur plus de 15 000 mètres carrés. Située dans une zone commerciale, cette serre propose des légumes biologiques à la vente. C’est une ferme suspendue au-dessus de la ville, sur le toit d’un immeuble, où des aubergines et des tomates biologiques poussent vers le ciel de Montréal. Un environnement a priori peu propice à la culture maraîchère, mais où l’entreprise locale Fermes Lufa a tout de même réussi à implanter sa serre biologique. La mission de l’entreprise est en effet de « cultiver la nourriture là où les gens vivent », et ce, de manière durable. Cette nouvelle serre est la quatrième à être exploitée sur les toits de Montréal.

Depuis, des concurrents ont vu le jour à travers le monde, comme l’Américain Gotham Greens avec ses huit serres sur les toits à New York, Chicago ou Denver, ou encore le Français Nature Urbaine, qui a prévu d’installer une serre à Paris.

Autre exemple d’agriculture urbaine : à Montréal, un supermarché propose également à la vente des légumes biologiques qui poussent directement sur son toit depuis 2017, un toit qui a été entièrement végétalisé pour lutter contre les gaz à effet de serre.

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