L’histoire de la création d’une île artificielle sur le fleuve Saint-Laurent

Tout le monde ne sait pas que l’île Notre-Dame est une île artificielle, entièrement créée de la main de l’homme. Cependant, pour être juste, il faut préciser qu’elle n’est pas née de rien. L’île actuelle a pour origine une petite sœur rocheuse nommée l’île à la Pierre. Le premier événement que les historiens associent à l’île à la Pierre remonte au 25 octobre 1661. Pour en savoir plus sur l’histoire de la création de l’île Notre-Dame, consultez le site montreal-name.com.

L’histoire des îles de l’archipel

L’histoire des îles de ce secteur ne commence pas dans les années 1660, mais un peu plus tôt. En 1611, Samuel de Champlain arrive dans le havre de Montréal et remarque la présence de plusieurs îles au milieu du fleuve Saint-Laurent. Il nomme la plus grande d’entre elles l’île Sainte-Hélène, en l’honneur de sa jeune épouse, Hélène Boullé. Quant à l’île de Montréal, elle devient un lieu de commerce entre Européens et Autochtones et sert de camp de base pour l’exploration de la région des Grands Lacs jusqu’à la fondation de Ville-Marie en 1642.

Puis, à la fin du mois d’octobre 1661, une histoire plutôt tragique se déroule sur cette île. Le sulpicien Guillaume Vignal se rend avec des ouvriers sur l’île à la Pierre pour y chercher des matériaux afin de terminer la construction du premier séminaire sur la rue Saint-Paul. Sur place, ils sont attaqués et capturés par des Iroquois. Le chef de l’expédition, Guillaume Vignal, décède deux jours plus tard.

À partir du XVIIIe siècle, la ville de Montréal connaît un développement rapide. Elle atteint ses limites actuelles et s’étend jusqu’à l’île Sainte-Hélène et l’île Ronde, les seules îles visibles depuis Ville-Marie.

Cependant, en 1825, année de l’inauguration du canal de Lachine, le port de Montréal n’est encore qu’une plage boueuse servant de quai et de dépotoir, parsemée de petites jetées privées. À partir de 1830, la construction de quais et de jetées permet le transbordement des marchandises vers le réseau ferroviaire. Le pont Victoria, situé plus au sud, est inauguré en 1859, favorisant l’essor du chemin de fer et de l’industrie de la métropole. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les quais et les jetées du port de Montréal ne cesseront de s’agrandir et de se multiplier.

Le chemin de fer et l’île Moffat

Durant toute cette période, le territoire de la future île Notre-Dame est presque entièrement submergé par les eaux du fleuve. Il ne comprend que la petite île Moffat. Ce nom lui a été donné par un homme d’affaires montréalais, George Moffatt, qui en est devenu propriétaire en 1835.

À la même époque, en 1836, la première ligne de chemin de fer du Canada voit le jour, reliant La Prairie à Saint-Jean-sur-Richelieu. Des bateaux assuraient ensuite la liaison vers New York au sud et vers Montréal au nord. En 1852, la compagnie ferroviaire décide de rapprocher son terminus de Montréal en l’installant sur le territoire de la future municipalité de Saint-Lambert, créée en 1857.

C’est là que l’île Moffat trouve son utilité : on y installe une jetée d’où les marchandises sont transportées par bateau jusqu’au port de Montréal. Mais avec l’ouverture du pont Victoria en décembre 1859, cette liaison perd sa raison d’être, et vers 1872, la jetée de l’île Moffat est abandonnée.

Expo 67

En 1944, le gouvernement de Maurice Duplessis décide de modifier la charte de la ville de Saint-Lambert pour lui permettre de percevoir des taxes sur le pont Victoria. Ses limites s’étendent désormais jusqu’au milieu du fleuve Saint-Laurent, incluant l’île Moffat. C’est au milieu des années 1950 que les premiers remblais sont effectués dans le cadre des travaux de la Voie maritime du Saint-Laurent.

En effet, tout ce secteur est choisi pour accueillir l’Exposition universelle de 1967. Le 28 mars 1963, avec le soutien des deux paliers de gouvernement, le maire Jean Drapeau présente à la presse le futur site de l’Expo. On attend 62 pays et 50 millions de visiteurs pour cette exposition dont le thème rassembleur est « Terre des Hommes ». Après de nombreux débats, le maire Drapeau décide d’organiser l’événement sur les îles situées au milieu du fleuve Saint-Laurent.

La Ville de Montréal utilise habilement les îles existantes, mais décide également d’en créer une nouvelle. L’île Moffat sert de point d’ancrage à cette nouvelle île, qui est baptisée île Notre-Dame. Les projets pour cette île sont grandioses. Il est prévu qu’après l’Expo, l’île Notre-Dame soit convertie en un quartier résidentiel et commercial, ce qui rapporterait des millions de dollars en taxes municipales.

À Saint-Lambert, on s’oppose au projet, car l’île Moffat appartient à cette ville, et non à Montréal. Le gouvernement du Québec délègue alors son ministre des Affaires municipales, Pierre Laporte, originaire de Saint-Lambert, pour trouver une solution. Un mois plus tard, le gouvernement de Jean Lesage décide que Montréal deviendra propriétaire de l’île Notre-Dame après l’Expo.

Le début des travaux

Les travaux de préparation des îles sont lancés en grande pompe le 12 août 1963 sur l’île Sainte-Hélène. Les nouveaux aménagements nécessitent 28 millions de tonnes de remblai, provenant notamment de la construction du métro de Montréal. De 1963 à 1967, les matériaux d’excavation du métro et du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine sont utilisés pour aménager le site. L’île Ronde est fusionnée à l’île Sainte-Hélène, la jetée Mackay est agrandie, et l’île Notre-Dame est créée le long de la voie maritime à partir de l’île Moffat.

On estime que la création de l’île Notre-Dame a coûté 12 millions de dollars. Le 30 juin 1964, la Ville de Montréal cède les îles à la Compagnie canadienne de l’Exposition universelle de 1967. La construction des 850 pavillons et autres bâtiments peut alors commencer.

L’Expo 67 est inaugurée le 27 avril 1967. Jusqu’à sa fermeture le 29 octobre, les îles accueillent 50 millions de visiteurs. L’île Notre-Dame abrite des pavillons majeurs comme ceux du Canada, du Québec, de la France, de l’Allemagne et de l’URSS. Plusieurs canaux y sont également créés, comme le lac des Régates, ainsi que des espaces verts où l’on peut encore aujourd’hui pique-niquer ou pêcher.

Avant la clôture de cet événement grandiose, le maire de Montréal, Jean Drapeau, annonce qu’à partir de 1968, l’Expo deviendra une exposition permanente sous le nom de « Terre des Hommes ». La vocation résidentielle et commerciale de l’île Notre-Dame ne verra donc jamais le jour.

Événements marquants

En mai 1968, « Terre des Hommes » est donc inaugurée en présence du premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau. Pour les Jeux olympiques de 1976, un bassin de compétition est construit sur l’île Notre-Dame. Aménagé parallèlement à la voie maritime, ce bassin s’étend sur 2,2 kilomètres. Il accueille les épreuves d’aviron et de canoë-kayak pendant les Jeux.

L’histoire continue en 1978 avec l’inauguration du circuit Gilles-Villeneuve pour accueillir le Grand Prix du Canada de Formule 1.

Deux ans plus tard, l’île Notre-Dame est choisie pour accueillir les Floralies internationales, une première en Amérique du Nord. Cet événement phare n’est pas arrivé là par hasard ; il a su tirer parti des infrastructures déjà existantes sur l’île. De nombreux jardins paysagers créés pour l’occasion peuvent encore être admirés aujourd’hui.

En 2000, le parc des Îles est rebaptisé parc Jean-Drapeau en l’honneur du maire de Montréal, initiateur d’Expo 67. Ce parc regroupe l’ensemble des territoires de l’île Notre-Dame et de l’île Sainte-Hélène occupés par l’exposition. En 1991, une plage est aménagée dans la partie sud de l’île. Pouvant accueillir plus de 5000 personnes par jour, cette plage est un lieu de détente très prisé des Montréalais. Sa construction a été initiée par l’administration du maire Jean Doré. En 2015, elle a été officiellement nommée « Plage Jean-Doré ».

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